Accord du participe passé : la règle, et les cinq cas qui piègent encore
TL;DR : avec « être », le participe passé s'accorde avec le sujet. Avec « avoir », il s'accorde avec le complément d'objet direct, et à la seule condition que ce complément soit placé avant le verbe. Les pronominaux suivent l'une ou l'autre règle selon le rôle du pronom. Restent cinq cas particuliers, détaillés plus bas. Exact corrige ces accords dans vos textes sur Mac (Control+Espace) et depuis le clavier Exact sur iPhone.
Pourquoi cette règle résiste
Vous l'avez apprise à l'école et vous la ratez encore. La raison tient à l'oreille : dans « les retours que vous m'avez transmis », l'accord ne s'entend pas. Dans « la facture que j'ai envoyée », il ne s'entend pas non plus. Une règle inaudible ne se rattrape jamais à la relecture, parce que vous relisez avec votre voix intérieure.
Résultat : ces accords passent à l'écrit, où ils se voient.
Avec « être » : accord avec le sujet
Le participe s'accorde en genre et en nombre avec le sujet du verbe.
- Elle est partie avant la réunion.
- Les factures ont été envoyées lundi.
- Nous sommes arrivés en retard.
Cette règle couvre aussi tous les passifs : « le dossier a été validé », « les pièces ont été validées ».
Avec « avoir » : accord si le complément passe devant
Par défaut, le participe ne bouge pas. « Nous avons envoyé les documents. » Le complément suit le verbe, rien ne change.
Il s'accorde dès que ce complément passe devant : « Les documents que nous avons envoyés. »
Le test tient en une question. Posez « quoi ? » juste après le verbe. Si la réponse arrive après, laissez le participe tranquille. Si elle se trouve avant, accordez avec elle. Autre façon de voir la même chose : au moment où vous écrivez le participe, avez-vous déjà écrit ce qui est envoyé ?
Deux phrases pour sentir la bascule :
- J'ai reçu vos remarques. (le complément suit, pas d'accord)
- Vos remarques, je les ai reçues. (le complément précède, accord)
Les pronominaux : regardez ce que fait le pronom
C'est la famille qui concentre la majorité des recherches d'orthographe, et elle se règle sans grammaire savante. Quatre cas, et une liste à connaître.
Cas 1 — le pronom est le complément d'objet direct. Accord avec lui, donc avec le sujet : « Elle s'est lavée. » « Ils se sont vus. »
Cas 2 — un autre complément occupe la place. Le pronom devient indirect, le participe ne bouge pas : « Elles se sont lavé les mains. » Posez la question à l'endroit : elles ont lavé quoi ? Les mains — et les mains arrivent après le participe, donc pas d'accord. Même mécanique qu'avec « avoir ». Et le retournement à connaître : quand ce complément passe devant, vous accordez. « Les mains qu'elles se sont lavées. »
La faute vient d'une lecture trop rapide : on voit « elles » juste avant, et on accorde.
Cas 3 — le verbe n'existe qu'au pronominal. « Se souvenir », « s'enfuir », « s'abstenir », « se méfier », « s'évanouir », « se repentir » n'ont pas de forme sans pronom. Le « se » ne s'analyse pas, donc on accorde avec le sujet, toujours : « elles se sont souvenues de la date », « ils se sont enfuis ». « S'apercevoir » au sens de constater rejoint cette famille : « elle s'est aperçue de son erreur. »
Cas 4 — le pronominal de sens passif. Quand la phrase décrit ce qui arrive au sujet plutôt que ce qu'il fait, accord avec le sujet : « ces livres se sont bien vendus », « la nouvelle s'est répandue en une heure ».
Les verbes qui ne s'accordent jamais
Ceux-ci commandent un complément indirect, donc leur participe reste invariable au pronominal, quel que soit le sujet :
- se plaire, se déplaire, se complaire
- se parler, se téléphoner, s'écrire, se répondre
- se mentir, se nuire, se sourire, se rire
- se succéder, se suffire, se survivre
- se ressembler, se convenir
« Elles se sont téléphoné », « les réunions se sont succédé », « ils se sont menti », « elles se sont ressemblé ». Et le cas qui piège tout le monde : « elles se sont plu », jamais « plues » — on plaît à quelqu'un.
Deux verbes s'ajoutent à la liste pour une autre raison. « Se rendre compte » reste invariable parce que « compte » occupe la place du complément direct : « elle s'est rendu compte de l'erreur ». « S'arroger » est invariable au participe quand rien ne le précède : « elle s'est arrogé le droit de trancher ».
C'est aussi le terrain où un correcteur à base de règles se trompe le plus souvent : distinguer « elles se sont lavées » de « elles se sont lavé les mains » demande de savoir ce que le pronom fait dans la phrase, pas seulement de reconnaître une forme. ## Les cinq cas particuliers
1. « Fait » suivi d'un infinitif reste invariable. « Les travaux qu'il a fait faire », « elle s'est fait avoir ». Aucune exception à retenir, ce qui en fait le cas le plus reposant de la liste.
2. « Laissé » suivi d'un infinitif suit la même logique. Les rectifications orthographiques de 1990, approuvées par l'Académie française, l'alignent sur « fait » et le rendent invariable : « je les ai laissé partir », « elle s'est laissé convaincre ». L'ancien usage, qui accorde quand le complément accomplit l'action, reste admis. Les deux graphies passent.
3. « Vu », « entendu », « senti » suivis d'un infinitif dépendent du sens. Accord si le complément placé devant accomplit l'action de l'infinitif, pas d'accord sinon.
- Les fleurs que j'ai vues pousser. (les fleurs poussent)
- La sonate que j'ai entendu jouer. (la sonate ne joue pas, quelqu'un la joue)
4. Les verbes de mesure restent invariables. « Coûté », « pesé », « valu », « vécu », « marché », « couru » ne s'accordent pas quand le complément exprime une quantité : « les trois heures que ce dossier m'a coûté ». Au sens figuré, le complément redevient un vrai objet direct et l'accord revient : « les efforts que ce dossier m'a coûtés ».
5. Le pronom « en » n'entraîne pas d'accord. « Des devis, j'en ai envoyé plusieurs. »
Tableau de décision
| Situation | Accord ? | Exemple |
|---|---|---|
| Auxiliaire être | Avec le sujet | Elles sont venues |
| Auxiliaire avoir, complément après | Non | J'ai envoyé les devis |
| Auxiliaire avoir, complément avant | Avec le complément | Les devis que j'ai envoyés |
| Pronominal, pronom objet direct | Avec le sujet | Elle s'est blessée |
| Pronominal, autre complément | Non | Elle s'est blessé la main |
| Pronominal indirect | Non | Ils se sont écrit |
| Participe + infinitif « fait » | Non | Les devis qu'il a fait signer |
| Verbe de mesure | Non | Les kilos qu'il a pesé |
Le cas qui revient chaque semaine dans les emails
« Merci pour les documents que vous m'avez transmis. » Correct, et personne ne le remarque : « transmis » se termine déjà par un s au masculin singulier, donc l'accord au pluriel ne change rien à l'écrit.
Changez un mot et la faute apparaît : « Merci pour les pièces que vous m'avez transmises. » Au féminin pluriel, l'accord se voit. C'est là que les relectures rapides échouent, parce que la phrase précédente avait l'air correcte sans effort.
Ce qu'un correcteur attrape ici, et ce qu'il rate
Un correcteur à règles repère l'accord quand le complément se trouve près du verbe. Il décroche dès qu'une relative éloigne les deux, ou qu'un pronominal s'en mêle. Exact envoie la phrase entière à un modèle qui lit le contexte, donc il rattrape les accords à distance, y compris quand le complément se trouve dix mots plus haut.
Il ne prétend pas être infaillible pour autant. Sur une construction rare, un infinitif imbriqué ou un participe suivi d'une proposition, un doute reste possible. Relire une phrase longue avant de l'envoyer garde son intérêt.
En résumé
Deux règles portent tout : accord avec le sujet sous « être », accord avec le complément placé devant sous « avoir ». Les pronominaux se ramènent à l'une des deux selon le rôle du pronom. Les cinq cas particuliers se retiennent en une lecture, et vous les rencontrerez moins souvent que vous ne le craignez. Pour le reste, Exact corrige ces accords dans Mail, Slack ou Word, en un raccourci. Il est disponible sur Mac et iPhone ; les offres sont sur getexact.app.